L’annonce de nouveaux plugins par Anthropic a provoqué une véritable secousse sur les marchés financiers.
En une seule séance de trading, 285 milliards de dollars se sont évaporés des actions du secteur logiciel, juridique et des services financiers.
Ce que les analystes qualifient déjà de « SaaSpocalypse » révèle les peurs grandissantes du marché face à l’automatisation par l’IA.
L’étincelle qui a mis le feu aux poudres
Le 30 janvier, Anthropic a publié 11 plugins open-source pour son outil Claude Cowork.
Ces extensions permettent aux entreprises de personnaliser Claude pour des fonctions métier spécifiques.
Parmi elles, un plugin dédié aux workflows juridiques a particulièrement inquiété les investisseurs.
Thomson Reuters a chuté de plus de 15%, RELX (propriétaire de LexisNexis) a perdu 14%, et LegalZoom s’est effondré de près de 20%.
Un carnage qui dépasse le secteur juridique
La panique s’est rapidement propagée au-delà des entreprises de technologies juridiques.
DocuSign a perdu 11%, Salesforce a chuté de près de 7%, Adobe a glissé de 7%.
Le Nasdaq a terminé en baisse de 1,4%, et les géants informatiques indiens ont également été touchés.
Infosys ADR a reculé de 5,5% tandis que Wipro perdait près de 5%.
Claude Cowork : bien plus qu’un simple chatbot
Claude Cowork n’est pas un nouveau modèle d’IA, mais une évolution stratégique majeure.
Lancé en janvier, cet assistant IA « agentique » peut lire des fichiers, organiser des dossiers et automatiser des tâches complexes.
Les plugins annoncés couvrent la productivité, les ventes, le marketing, la finance, l’analyse de données et la recherche.
Le plugin juridique automatise notamment la révision de contrats, le tri des accords de confidentialité et les vérifications de conformité.
Quand la plateforme devient concurrente
La véritable révolution réside dans le changement de positionnement d’Anthropic.
Jusqu’alors, les entreprises comme Thomson Reuters utilisaient les API d’IA pour construire leurs propres solutions.
Désormais, Anthropic propose directement des solutions verticales clés en main.
« Le signal, c’est qu’Anthropic est passé de la vente du modèle à la propriété du workflow », analysent les experts de Jefferies.
Une montée en puissance fulgurante
Les chiffres d’Anthropic justifient l’inquiétude des investisseurs.
Claude Code a atteint 1 milliard de dollars de revenus récurrents annualisés dès novembre, quelques mois seulement après son lancement en mai.
L’entreprise lèverait actuellement 20 milliards de dollars avec une valorisation de 350 milliards.
Cette évaluation représente une progression spectaculaire par rapport aux 61,5 milliards de mars 2025.
La vitesse d’itération comme avantage concurrentiel
La rapidité de développement d’Anthropic impressionne les observateurs.
Cowork a été lancé le 12 janvier, et les plugins ont été publiés moins de trois semaines plus tard.
Cette agilité contraste avec les cycles de développement traditionnels du secteur logiciel, qui s’étalent généralement sur plusieurs trimestres.
Les entreprises établies peinent à rivaliser avec ce rythme d’innovation.
Des voix discordantes face à la panique
Tous les dirigeants ne partagent pas cette vision apocalyptique.
Jensen Huang, PDG de Nvidia, a qualifié cette vente massive de « la chose la plus illogique au monde ».
Il argue que l’IA utilisera les outils logiciels existants plutôt que de les remplacer.
Sundar Pichai de Google a également minimisé l’impact, suggérant que les entreprises qui saisissent l’opportunité IA trouveront la croissance, non l’obsolescence.
L’écosystème juridique en pleine mutation
Anthropic n’est pas seule sur le marché de l’IA juridique.
Des startups comme Harvey AI (valorisée 5 milliards) et Legora (1,8 milliard) développent des outils similaires depuis des années.
Cependant, l’avantage d’Anthropic réside dans sa maîtrise complète de la chaîne technologique.
Contrairement aux concurrents qui dépendent de modèles externes, Claude peut potentiellement perturber à la fois les services juridiques traditionnels et leurs disrupteurs.
Un révélateur des craintes du marché
Au-delà des plugins eux-mêmes, cette réaction révèle un changement de paradigme fondamental.
Le marché passe d’une vision où l’IA aide les entreprises logicielles à une perspective où elle les remplace.
Les entreprises de développement commercial exposées aux prêts logiciels ont également été affectées, Blue Owl Capital Corp chutant de 13%.
Cette neuvième baisse consécutive illustre la nervosité persistante du secteur.
Implications pour l’avenir du logiciel d’entreprise
La leçon est claire pour les dirigeants du secteur logiciel : Anthropic n’avait pas besoin d’une innovation révolutionnaire pour ébranler les marchés.
Il suffisait de montrer ce que Claude pouvait déjà accomplir et d’appuyer sur « publier ».
Avec 80% de son activité désormais concentrée sur les entreprises, Anthropic semble gagner du terrain face à OpenAI sur le marché corporate.
Cette dynamique pourrait redéfinir l’ensemble de l’écosystème logiciel dans les mois à venir.




