Le gouvernement français confirme officiellement le retour du leasing social pour les véhicules électriques en 2026, avec des mensualités maintenues entre 95 et 150 euros.
Mais cette relance intervient dans un contexte financier particulièrement tendu pour les acteurs bancaires du secteur.
Les pôles spécialisés dans la location longue durée de Société Générale, BNP Paribas et Crédit Agricole ont tous enregistré des pertes significatives en 2025, révélant les fragilités structurelles du marché automobile électrique.
Un dispositif reconduit malgré les difficultés de 2025
L’édition 2025 du leasing social s’est révélée plus poussive que prévu, avec un rythme d’adoption inférieur aux objectifs gouvernementaux.
Seuls 400 dossiers restent disponibles pour bénéficier du dispositif en ce début 2026, témoignant des difficultés rencontrées par les ménages pour franchir le pas de l’électrique.
Néanmoins, l’État maintient son cap avec une nouvelle campagne dont les contours précis restent à définir par les ministères concernés.
Les mensualités plafonnées à 200 euros hors options, avec un engagement ferme des loueurs à proposer au moins une offre à 140 euros maximum, constituent les bases solides de cette reconduction.
Cette fourchette tarifaire vise spécifiquement les ménages aux revenus modestes, avec des conditions d’éligibilité strictes basées sur le revenu fiscal de référence.
Les établissements bancaires dans la tourmente financière
Pendant que le gouvernement relance son dispositif social, les acteurs financiers du secteur traversent une période particulièrement délicate.
Selon les données publiées par L’Agefi, les divisions de location longue durée des grandes banques françaises ont subi de plein fouet la baisse drastique des prix de revente des véhicules d’occasion électriques.
Cette érosion des valeurs résiduelles compromet directement la rentabilité de leurs contrats de leasing, remettant en question leurs modèles économiques traditionnels.
Le phénomène touche particulièrement les flottes d’entreprise, où les volumes sont plus importants et l’impact financier démultiplié.
Les pertes enregistrées s’élèvent à plusieurs centaines de millions d’euros cumulés sur l’ensemble des établissements concernés, selon les sources bancaires.
La contradiction des valeurs résiduelles
Paradoxalement, certains analystes spécialisés du marché rapportent que les valeurs résiduelles des voitures électriques ont été réévaluées à la hausse par les loueurs en début 2026.
Cette estimation optimiste contraste frontalement avec les pertes massives enregistrées par les banques en 2025.
L’écart s’explique par les différences fondamentales de positionnement : les loueurs indépendants anticipent une stabilisation du marché d’ici 2027, tandis que les établissements bancaires comptabilisent impitoyablement les pertes effectives de l’exercice écoulé.
Cette divergence d’évaluation révèle les profondes incertitudes persistantes du secteur et les difficultés à établir des prévisions fiables.
Les modèles actuariels traditionnels peinent à intégrer la volatilité spécifique du marché électrique, encore trop récent pour disposer d’historiques probants.
Un marché global en expansion malgré les turbulences
Le marché mondial du financement automobile reste néanmoins dynamique avec une estimation à 331,68 milliards de dollars pour 2026, soit une progression de 4,2% par rapport à 2025.
La croissance soutenue des services numériques et la simplification drastique des parcours de financement compensent partiellement les difficultés structurelles liées à l’électrique.
Les acteurs du secteur misent massivement sur l’innovation technologique pour réduire leurs coûts opérationnels et améliorer leur compétitivité.
Les plateformes digitales permettent désormais un traitement jusqu’à 60% plus rapide et 30% moins coûteux des dossiers de financement, selon les estimations professionnelles.
L’intelligence artificielle s’impose progressivement pour l’évaluation des risques et la personnalisation des offres commerciales.
L’engagement stratégique du Crédit Agricole
Malgré les difficultés conjoncturelles, le Crédit Agricole maintient une stratégie résolument ambitieuse sur le segment électrique.
Le groupe bancaire s’engage formellement à financer d’ici 2028 une part de véhicules électriques supérieure de 10 points à la moyenne du marché européen.
Cet engagement porte sur l’intégralité de ses financements annuels de véhicules neufs, prêts personnels et locations confondus.
L’établissement bancaire mise sur une reprise structurelle du marché électrique à moyen terme pour justifier cette stratégie offensive contre-cyclique.
Cette approche s’inscrit dans sa politique RSE et ses engagements climatiques, malgré les risques financiers à court terme.
Les défis techniques et infrastructurels persistants
Au-delà des enjeux purement financiers, le leasing social ne résout toujours pas les défis structurels fondamentaux de l’électromobilité française.
La question cruciale des infrastructures de recharge demeure entière, particulièrement critique pour les ménages modestes ciblés par le dispositif gouvernemental.
Ces populations disposent rarement de solutions de recharge privée et dépendent massivement des réseaux publics, encore insuffisamment denses dans certaines zones rurales.
L’instabilité chronique des valeurs résiduelles continue d’inquiéter profondément les professionnels du secteur financier.
Les experts sectoriels soulignent unanimement que sans stabilisation durable du marché de l’occasion électrique, les dispositifs publics ne peuvent constituer que des palliatifs temporaires.
Les stratégies d’adaptation des acteurs spécialisés
Les sociétés spécialisées comme Leasecom développent des stratégies innovantes pour adapter leurs modèles économiques aux nouvelles réalités du marché.
L’entreprise a récemment réalisé avec succès une titrisation de 320 millions d’euros de créances locatives, marquant sa première opération de titrisation publique.
Cet outil financier sophistiqué permet aux acteurs du leasing de sécuriser leurs liquidités face aux incertitudes croissantes du marché automobile.
Les spécialistes du leasing circulaire développent parallèlement des approches alternatives pour limiter drastiquement leur exposition aux risques de valeurs résiduelles.
Ces nouvelles stratégies incluent des partenariats avec les constructeurs pour garantir les valeurs de reprise et des modèles d’abonnement flexibles.
Impact sur l’écosystème des constructeurs automobiles
Les constructeurs automobiles ajustent également leurs stratégies commerciales face à ces bouleversements du financement.
Renault, via sa filiale Mobilize Financial Services, observe que les offres de location longue durée représentent désormais 57% des dossiers de financement pour les particuliers, contre 47% l’année précédente.
Cette évolution témoigne d’une préférence croissante des consommateurs pour des solutions sans engagement avec des mensualités maîtrisées.
Les constructeurs développent des partenariats stratégiques avec les acteurs financiers pour proposer des solutions intégrées et sécuriser les volumes de vente.
L’enjeu consiste à maintenir la dynamique commerciale tout en préservant les marges face à l’incertitude sur les valeurs résiduelles.
Perspectives et mutations sectorielles pour 2026
L’année 2026 s’annonce véritablement charnière pour l’ensemble de l’écosystème du financement automobile électrique.
Les établissements bancaires devront impérativement ajuster leurs modèles sophistiqués de risque pour intégrer la volatilité spécifique et persistante du marché électrique.
Le développement de partenariats public-privé innovants pourrait émerger comme solution structurelle pour partager équitablement les risques entre acteurs publics et privés.
La professionnalisation accélérée du marché de l’occasion électrique reste un préalable absolument indispensable à la stabilisation durable de tout le secteur.
Les régulateurs européens surveillent attentivement l’évolution de ces marchés pour éviter une crise systémique du financement automobile.




