Les divisions de location longue durée des principales banques françaises traversent une crise inédite.
Société Générale, BNP Paribas et Crédit Agricole ont toutes accusé des pertes significatives en 2025 liées à leurs activités de leasing automobile.
La transition vers l’électrique bouleverse un modèle économique vieux de plusieurs décennies et force les établissements à repenser entièrement leur approche.
Des résultats en chute libre
Arval, filiale de BNP Paribas, illustre parfaitement cette dégradation.
Malgré une flotte en croissance de 5,5% avec 1,9 million de véhicules financés en 2025, son résultat net s’est effondré de 43% à 644 millions d’euros.
Cette chute spectaculaire s’explique principalement par les difficultés de revente des véhicules d’occasion électriques.
François-Xavier Castille, directeur général adjoint d’Arval, reconnaît que « revendre les voitures électriques en location au bout de quelques années est devenu difficile ».
Le problème touche l’ensemble du secteur bancaire français spécialisé dans ce segment.
Les autres filiales de leasing des grands groupes bancaires français font face aux mêmes difficultés structurelles.
Une électrification accélérée des flottes d’entreprises
Les entreprises adoptent massivement les véhicules électriques pour leurs flottes professionnelles.
En France, grâce à une fiscalité particulièrement favorable, 60% des commandes des grandes entreprises concernent désormais des véhicules électriques.
Arval a ainsi vu ses achats de voitures 100% électriques progresser de 35% en 2025, atteignant 342 000 unités.
Cette tendance devrait s’accélérer considérablement : la société vise 400 000 véhicules électriques financés en 2026.
Le rachat en cours d’Athlon, filiale de Mercedes-Benz, ajoutera 400 000 véhicules supplémentaires à son portefeuille.
La part des véhicules électriques dans la flotte française d’Arval atteint déjà 33% du total, un taux exceptionnellement élevé en Europe.
Le défi majeur de la revente
Le principal obstacle réside dans la dépréciation accélérée des véhicules électriques d’occasion.
Les progrès technologiques constants rendent rapidement obsolètes les modèles de quelques années.
Les consommateurs préfèrent attendre les dernières générations plutôt que d’acheter des véhicules électriques de seconde main, créant un engorgement du marché.
Cette situation contraste radicalement avec le marché des véhicules thermiques, où la revente après 3 ou 4 ans de location était prévisible et rentable.
Les banques doivent désormais réviser leurs modèles de valorisation résiduelle, jusqu’ici basés sur des décennies d’expérience avec les moteurs traditionnels.
Les algorithmes de calcul des valeurs résiduelles, fondement du modèle économique du leasing, s’avèrent inadaptés à cette nouvelle donne technologique.
Des performances de batterie surprenantes
Paradoxalement, les véhicules électriques présentent aussi des avantages inattendus qui bouleversent les calculs.
Une étude menée par Arval sur 24 000 véhicules électriques connectés révèle leur remarquable durabilité.
À 70 000 kilomètres, la batterie conserve en moyenne 93% de sa capacité initiale.
Après 160 000 kilomètres ou 6 ans d’usage, plus de 90% de la capacité est préservée.
La dégradation ne représente qu’environ 1% tous les 25 000 kilomètres, bien moins que les idées reçues.
Cette performance dépasse largement les estimations pessimistes initiales des constructeurs et des sociétés de financement.
Vers une révolution contractuelle
Cette durabilité supérieure pousse les sociétés de leasing à repenser complètement leurs offres contractuelles.
« Les clients les garderont plus longtemps », observe François-Xavier Castille.
Les contrats traditionnels de 3 ou 4 ans pourraient s’étendre de 5 à 7 ans, voire jusqu’à 10 ans dans certains cas.
La relocation représente aussi une opportunité stratégique : l’objectif est que la moitié des véhicules électriques partent en seconde location.
Cette stratégie permettrait d’optimiser la rentabilité sur une durée de vie prolongée et de créer de nouveaux segments de marché.
Certaines entreprises pourraient ainsi accéder à des véhicules électriques premium en seconde main, réduisant leurs coûts de transition énergétique.
L’équation complexe de la maintenance
Les véhicules électriques nécessitent moins d’entretien que les modèles thermiques, supprimant vidanges, changements de filtres et révisions mécaniques complexes.
Cette caractéristique représente un manque à gagner significatif pour les sociétés de leasing, habituées à prendre une marge confortable sur les frais de maintenance.
Les révisions se limitent souvent au contrôle des pneumatiques, des freins et de la climatisation.
Les banques doivent donc compenser cette perte de revenus récurrents par d’autres services à valeur ajoutée.
Certaines développent des offres d’accompagnement pour la transition énergétique des flottes, incluant l’installation de bornes de recharge et la formation des conducteurs.
D’autres misent sur la télématique avancée et les services connectés pour maintenir leur relation client.
Stimuler le marché de l’occasion électrique
Pour dynamiser la revente, les professionnels plaident pour des mesures d’incitation à l’achat de véhicules d’occasion électriques.
« Il faut aider les particuliers à acheter des véhicules d’occasion électrique », souligne François-Xavier Castille.
Les prix doivent s’ajuster drastiquement pour séduire les acheteurs privés, encore réticents face à ces technologies.
La création d’un marché de l’occasion électrique robuste conditionne la viabilité du modèle de leasing.
Sans débouchés pour les véhicules en fin de contrat, les pertes continueront de s’accumuler.
Certains experts suggèrent la création de labels qualité ou de garanties étendues sur les batteries pour rassurer les acheteurs d’occasion.
Adaptation stratégique obligatoire
L’ensemble des banques françaises doit « penser différemment avec les voitures électriques ».
Les modèles traditionnels de financement automobile arrivent à bout de souffle face à cette révolution technologique.
La transition énergétique impose une refonte complète des stratégies commerciales et des outils de gestion des risques.
Certaines banques explorent de nouveaux modèles, comme la location avec option d’achat de la batterie séparément du véhicule.
D’autres développent des partenariats avec les constructeurs pour mieux anticiper les évolutions technologiques.
L’enjeu est de retrouver une rentabilité durable dans un secteur en pleine mutation.
Perspectives d’avenir pour le secteur
2026 sera déterminante pour mesurer la capacité d’adaptation du secteur bancaire français.
Les établissements qui sauront inventer de nouveaux modèles économiques prendront l’avantage sur ce marché en transformation.
La consolidation pourrait s’accélérer, les plus petits acteurs peinant à absorber les pertes liées à cette transition.
L’arrivée de nouveaux entrants, spécialisés uniquement dans l’électrique, pourrait également bousculer les positions établies.
Les banques traditionnelles doivent faire preuve d’agilité pour conserver leur leadership sur un marché qui se réinvente entièrement.
L’avenir du leasing automobile se joue maintenant, entre innovation et gestion des risques.




