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Airbus traverse une période délicate avec un objectif de livraisons revu à la baisse pour 2026, des tensions croissantes avec ses fournisseurs de moteurs et une concurrence Boeing qui se resserre.
L’avionneur européen vise 870 livraisons d’appareils commerciaux cette année, un chiffre inférieur aux 880 attendus par les analystes.
Cette annonce fait chuter l’action de 6,2% et interroge sur la capacité du groupe à maintenir sa dynamique face aux défis industriels.

Des objectifs revus à la baisse par la faute des moteurs

Guillaume Faury, PDG d’Airbus, pointe directement du doigt les difficultés d’approvisionnement en moteurs.
Pratt & Whitney ne pourra pas fournir le nombre de moteurs initialement prévu, créant une situation « insatisfaisante » selon les termes du dirigeant.
« Ce qui manque de la part de Pratt est très significatif et difficile à compenser par d’autres moyens », explique Faury lors d’un entretien avec CNBC.
Cette pénurie de moteurs contraint Airbus à réviser ses ambitions de production, malgré une demande soutenue pour ses appareils.

Une bataille juridique en perspective

Face à ces manquements contractuels, Airbus entend faire valoir ses droits auprès de Pratt & Whitney.
Le constructeur européen n’exclut pas d’engager une « bataille juridique » si aucune solution amiable n’est trouvée avec le motoriste américain.
L’autre fournisseur de moteurs, CFM (coentreprise entre General Electric et Safran), ne peut pas compenser ces retards car il est déjà engagé sur ses propres programmes de livraison.
Cette situation illustre la complexité des chaînes d’approvisionnement dans l’aéronautique moderne.

Impact sur la production de la famille A320

Ces contraintes moteurs affectent directement les ambitions de montée en cadence d’Airbus.
Le groupe table désormais sur un rythme de 70 à 75 appareils par mois d’ici fin 2027 pour sa gamme d’avions monocouloirs A320.
Cette cadence devrait se stabiliser à 75 appareils mensuels par la suite, soit un niveau initialement prévu pour 2027.
La famille A320, qui comprend les A319, A320, A321 et A321XLR, représente le cœur de l’activité commerciale d’Airbus avec plus de 8 000 commandes en carnet.

Boeing montre des signes de reprise prometteuse

Parallèlement aux difficultés d’Airbus, son rival américain Boeing affiche une dynamique commerciale retrouvée.
En janvier 2026, Boeing a livré 46 appareils contre seulement 19 pour Airbus, marquant un écart significatif qui inverse la tendance récente.
Côté commandes, Boeing a enregistré 103 nouvelles commandes nettes contre 49 pour son concurrent européen.
Cette performance marque un tournant pour Boeing, qui avait été distancé par Airbus ces dernières années suite aux problèmes du 737 MAX.
Les actions Boeing ont d’ailleurs surperformé celles d’Airbus sur les 12 derniers mois.

Un démarrage 2026 difficile pour l’européen

Les 19 livraisons de janvier représentent un recul préoccupant par rapport aux 25 appareils livrés en janvier 2025.
Guillaume Faury explique que ces faibles performances de début d’année résultent principalement de problèmes qualité sur les panneaux de fuselage de l’A320.
Ces difficultés techniques s’ajoutent aux retards de livraison des moteurs, compliquant la planification industrielle du groupe.
Traditionellement, les livraisons d’Airbus sont plus faibles en début d’année et s’accélèrent au second semestre.
Cependant, ce niveau de janvier reste « matériellement plus faible qu’attendu » selon les analystes d’UBS.

Les analystes restent optimistes malgré tout

Malgré cette guidance décevante, les analystes de Barclays considèrent ces difficultés comme un « revers d’exécution temporaire ».
La banque britannique estime que la trajectoire de montée en cadence à long terme reste intacte pour Airbus.
La clarification des objectifs 2026 et la visibilité accrue sur la production A320 permettent même de lever certaines incertitudes.
Milene Kerner, analyste chez Barclays, souligne que « un obstacle clé est désormais levé » avec cette guidance plus précise.
La plupart des analystes maintiennent leurs recommandations d’achat sur le titre Airbus.

Des résultats financiers solides qui rassurent

Malgré ces turbulences opérationnelles, Airbus affiche des performances financières robustes au quatrième trimestre 2025.
Le résultat opérationnel ajusté atteint 2,98 milliards d’euros, dépassant les prévisions de 2,87 milliards des analystes.
Le chiffre d’affaires progresse de 5% à 25,98 milliards d’euros sur le trimestre, légèrement en-deçà des 26,5 milliards attendus.
Sur l’ensemble de 2025, le résultat opérationnel s’élève à 7,13 milliards d’euros pour un chiffre d’affaires de 73,4 milliards d’euros.
Ces chiffres témoignent de la solidité financière du groupe malgré les défis industriels.

Objectifs 2026 maintenus avec prudence

Pour l’ensemble de l’année 2026, Airbus vise un résultat opérationnel ajusté d’environ 7,5 milliards d’euros.
Le flux de trésorerie libre avant financement client est attendu à 4,5 milliards d’euros environ.
Ces prévisions accompagnent l’objectif de 870 livraisons d’appareils commerciaux, soit une progression modérée par rapport aux 793 livraisons de 2025.
Le groupe avait initialement ciblé 820 livraisons en 2025 avant de réviser à 790, puis finalement livrer 793 appareils.
Cette approche plus prudente reflète les leçons tirées des difficultés récentes avec la chaîne d’approvisionnement.

Un marché aéronautique en pleine transformation

La situation illustre un retournement de tendance dans la rivalité historique Airbus-Boeing.
Airbus avait largement bénéficié des déboires du 737 MAX de Boeing ces dernières années, creusant l’écart en termes de livraisons.
Mais Boeing, sous la direction de Kelly Ortberg arrivé en 2024, affiche désormais une dynamique commerciale retrouvée.
Le marché aéronautique mondial, porté par la reprise du trafic passagers post-Covid, génère une demande soutenue pour les deux constructeurs.
Cependant, les tensions géopolitiques et les contraintes de chaîne d’approvisionnement compliquent la planification industrielle.
Cette nouvelle donne pourrait redéfinir l’équilibre concurrentiel entre les deux géants de l’aéronautique mondiale.