Qatar Investment Authority et Goldman Sachs viennent de signer un protocole d’accord historique qui prévoit un investissement de 25 milliards de dollars du fonds souverain qatari dans les véhicules de gestion d’actifs de la banque américaine.
Cette alliance stratégique, annoncée le 20 janvier 2026, marque une nouvelle étape dans la diversification des investissements du Golfe et témoigne de l’appétit croissant des fonds souverains pour les marchés privés.
L’accord positionne QIA comme l’un des plus importants investisseurs institutionnels de Goldman Sachs Asset Management, avec des implications majeures pour l’industrie financière mondiale.
Un partenariat renforcé aux enjeux considérables
Le memorandum d’entente signé entre QIA et Goldman Sachs Asset Management porte sur un engagement total de 25 milliards de dollars sur plusieurs années, étalé selon un calendrier d’investissement progressif.
Cette somme sera investie dans une gamme de stratégies de marchés privés et d’opportunités d’investissements directs, positionnant QIA comme investisseur ancre dans de nombreuses stratégies phares de Goldman Sachs.
Mohammed Al Sowaidi, PDG de QIA, souligne que cet accord « fournit à QIA un accès privilégié aux opportunités d’investissement dans des secteurs critiques pour notre stratégie, notamment l’IA, la FinTech, l’infrastructure numérique et le crédit privé ».
L’accord prévoit également une gouvernance partagée sur certaines décisions d’investissement stratégiques, donnant au fonds qatari un poids significatif dans l’orientation des futurs produits de Goldman Sachs.
Goldman Sachs renforce sa présence au Qatar
En contrepartie de cet engagement financier majeur, Goldman Sachs s’engage à « augmenter significativement ses effectifs à Doha » avec l’ouverture de nouveaux départements dédiés aux marchés privés et à la gestion d’actifs.
La banque d’investissement américaine prévoit de recruter plusieurs dizaines de professionnels locaux et d’expatrier des talents de ses bureaux de New York et Londres.
Goldman Sachs utilisera également son réseau mondial pour faciliter le dialogue et les partenariats entre les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), la région Asie-Pacifique et d’autres partenaires internationaux.
Cette expansion géographique s’inscrit dans la stratégie de Goldman Sachs de renforcer sa présence sur les marchés émergents à forte croissance, particulièrement dans la région MENA où les opportunités se multiplient.
Le contexte de la diversification économique qatarie
Cet investissement massif s’inscrit dans la stratégie de diversification économique du Qatar, pilotée par la Qatar National Vision 2030 qui vise à réduire la dépendance aux hydrocarbures.
Le pays a récemment créé Qai, sa société nationale d’intelligence artificielle, financée par QIA à hauteur de plusieurs milliards de dollars, démontrant son ambition de devenir un acteur majeur dans les technologies de pointe.
David Solomon, PDG de Goldman Sachs, salue cette vision : « Le Qatar suit une trajectoire passionnante de diversification économique, incluant l’expansion de son impressionnant écosystème de champions nationaux et le développement de ses marchés de capitaux ».
Cette stratégie s’appuie sur les revenus substantiels générés par les exportations de gaz naturel liquéfié, qui permettent au Qatar de financer massivement sa transformation économique.
Les marchés privés, nouvel eldorado du Golfe
Le Golfe Persique s’est transformé en véritable hub du capital privé ces dernières années, attirant gestionnaires d’actifs internationaux et family offices.
Les pays membres du CCG cherchent activement à attirer les investissements étrangers dans le cadre de leur stratégie de diversification économique, créant des zones économiques spéciales et des incitations fiscales attractives.
Un rapport de State Street publié en juin 2025 anticipe que le capital privé jouera un rôle croissant dans la croissance économique de la région, avec une projection de doublement des actifs sous gestion d’ici 2030.
Cette tendance explique en partie l’intérêt de QIA pour les stratégies de marchés privés proposées par Goldman Sachs, qui disposent d’un track record éprouvé dans ce secteur en forte expansion.
QIA, un géant de 580 milliards de dollars
Avec environ 580 milliards de dollars d’actifs sous gestion, Qatar Investment Authority figure parmi les cinq plus grands fonds souverains mondiaux, aux côtés du Government Pension Fund Global norvégien et du China Investment Corporation.
Le fonds a récemment indiqué à Bloomberg qu’il entendait être plus sélectif dans ses investissements en IA et en infrastructure numérique, privilégiant la qualité à la quantité après avoir connu quelques déconvenues sur des paris technologiques hasardeux.
Cette approche plus ciblée explique le choix de s’associer avec Goldman Sachs, reconnu pour son expertise dans la structuration d’investissements complexes et son accès aux meilleures opportunités de marché.
QIA gère actuellement un portefeuille diversifié incluant des participations dans Barclays, Credit Suisse, Volkswagen et de nombreuses autres multinationales, ainsi que des investissements immobiliers majeurs à Londres, Paris et New York.
L’intelligence artificielle au cœur de la stratégie
L’accord met l’accent sur l’intelligence artificielle, secteur prioritaire pour les deux partenaires dans un contexte de course technologique mondiale.
Le Qatar et les Émirats arabes unis ont d’ailleurs signé la semaine dernière l’initiative Pax Silica du président américain Donald Trump, visant à sécuriser une chaîne d’approvisionnement en silicium liée à l’IA face à la domination chinoise.
Cette convergence d’intérêts technologiques et géopolitiques renforce la pertinence du partenariat QIA-Goldman Sachs dans un contexte de compétition mondiale pour les technologies émergentes.
Goldman Sachs prévoit de créer des fonds dédiés aux start-ups d’IA, aux infrastructures de calcul et aux semi-conducteurs, avec QIA comme investisseur prioritaire sur ces véhicules spécialisés.
Impact sur l’industrie de la gestion d’actifs
Ce partenariat de 25 milliards de dollars illustre la montée en puissance des fonds souverains du Golfe sur la scène financière mondiale et leur capacité à influencer les stratégies des plus grands gestionnaires d’actifs.
Pour Goldman Sachs Asset Management, cet accord représente un coup de maître permettant de sécuriser un financement conséquent pour ses futures stratégies d’investissement, dans un contexte concurrentiel intensifié avec BlackRock et Vanguard.
L’industrie observe avec attention cette alliance qui pourrait inspirer d’autres partenariats similaires entre fonds souverains et gestionnaires d’actifs occidentaux.
Les analystes de J.P. Morgan estiment que ce type d’accords de long terme pourrait devenir la norme, offrant aux gestionnaires une visibilité financière inédite tout en garantissant aux fonds souverains un accès privilégié aux meilleures opportunités.
Répercussions sur les marchés financiers
L’annonce de ce partenariat a été saluée par les marchés financiers, l’action Goldman Sachs gagnant 2,3% à l’ouverture de Wall Street le jour de l’annonce.
Les analystes de Morgan Stanley relèvent leur recommandation sur le titre, anticipant une amélioration des revenus récurrents de la division Asset Management.
Cette alliance renforce également la position de Goldman Sachs face à ses concurrents directs, notamment BlackRock et State Street, dans la bataille pour les mandats institutionnels de grande envergure.
Les observateurs soulignent que ce type de partenariat stratégique pourrait redéfinir les relations entre gestionnaires d’actifs occidentaux et capitaux souverains du Moyen-Orient.
Perspectives et défis à venir
L’horizon des 25 milliards de dollars d’investissements s’étale sur plusieurs années, laissant aux deux partenaires le temps de structurer soigneusement leurs opérations et d’identifier les meilleures opportunités.
Les secteurs ciblés – IA, FinTech, infrastructure numérique et crédit privé – représentent autant d’opportunités que de défis dans un environnement économique mondial marqué par l’inflation persistante et les tensions géopolitiques.
Le succès de ce partenariat dépendra de la capacité de Goldman Sachs à identifier et structurer des opportunités d’investissement répondant aux objectifs stratégiques du Qatar tout en générant des rendements attractifs pour QIA.
Les prochains mois verront la mise en place concrète de cette alliance, avec le lancement des premiers fonds co-investis et l’installation des équipes Goldman Sachs à Doha, marquant une nouvelle ère dans les relations financières entre Wall Street et le Golfe.




