Le Conseil fédéral suisse a confirmé vendredi sa décision d’acquérir seulement 30 chasseurs F-35A Lightning II de Lockheed Martin, abandonnant l’objectif initial de 36 appareils.
Cette réduction s’impose face aux surcoûts de plus d’un milliard de francs suisses exigés par les États-Unis.
Une décision qui reflète les contraintes budgétaires mais aussi les tensions géopolitiques actuelles dans un secteur de l’armement en pleine mutation.
Un budget dépassé malgré l’approbation populaire
Le programme d’acquisition des F-35 avait été validé par référendum en septembre 2020 avec une enveloppe de 6 milliards de francs suisses.
À l’époque, les électeurs suisses avaient approuvé cette dépense après une campagne serrée où l’opposition dénonçait déjà le coût exorbitant du programme.
Mais l’inflation mondiale et l’évolution dramatique des coûts des matières premières ont alourdi la facture bien au-delà de cette limite budgétaire.
Les États-Unis réclament désormais 1,1 milliard de francs supplémentaires pour livrer la commande complète de 36 appareils, soit une hausse de plus de 18% par rapport au budget initial.
Un crédit de 394 millions pour 30 avions seulement
Face à cette explosion des coûts, le Conseil fédéral demande au Parlement un crédit supplémentaire limité à 394 millions de francs pour finaliser l’achat de 30 F-35.
Cette somme porte l’enveloppe totale à 6,429 milliards de francs, soit exactement le volume financier maximal autorisé après indexation des prix.
Le gouvernement refuse catégoriquement de dépasser ce plafond approuvé par le peuple suisse, préférant réduire la commande plutôt que de violer la volonté populaire.
Cette approche témoigne du respect strict des procédures démocratiques helvétiques, même face aux pressions industrielles américaines.
Les conséquences opérationnelles assumées par Berne
Le ministre de la Défense Martin Pfister reconnaît ouvertement les conséquences négatives de cette réduction de flotte sur les capacités militaires du pays.
La diminution du nombre d’appareils impacte directement les capacités opérationnelles quotidiennes et la durabilité en cas de conflit prolongé.
Avec 30 F-35 au lieu de 36, l’armée suisse devra revoir ses ambitions en matière de couverture aérienne du territoire national.
Les experts militaires estiment qu’une flotte de 30 appareils limite considérablement la capacité de maintenir une présence aérienne continue, notamment en cas de maintenance simultanée de plusieurs avions.
Un contexte géopolitique particulièrement tendu
Cette décision intervient dans un contexte international particulièrement instable qui justifie paradoxalement le besoin d’une défense renforcée.
« Parallèlement à la guerre en Ukraine, un deuxième front s’est ouvert au Proche-Orient », a rappelé Martin Pfister lors de la conférence de presse.
« Chaque escalade peut toucher la Suisse, soit par des agressions hybrides, soit par des attaques à distance.
La Suisse n’est pas suffisamment préparée pour cela. »
Cette analyse géostratégique souligne le dilemme auquel fait face Berne : renforcer ses défenses dans un monde plus dangereux tout en respectant les contraintes budgétaires votées par le peuple.
Le problème Patriot et la recherche d’alternatives européennes
Pour compenser les lacunes créées par cette réduction d’effectifs, le Conseil fédéral examine sérieusement l’acquisition d’un système de défense sol-air européen.
Cette option vise à compléter les systèmes Patriot américains, dont la livraison est désormais retardée de quatre à cinq ans.
Les États-Unis ont en effet donné la priorité absolue à l’Ukraine pour ces équipements depuis juillet 2025, laissant la Suisse dans l’attente.
Cette situation illustre parfaitement les risques de dépendance excessive envers un seul fournisseur, même allié.
Une stratégie de diversification géopolitique
Le gouvernement suisse privilégie désormais ouvertement les solutions européennes pour réduire sa dépendance stratégique aux États-Unis.
Cette approche vise à mieux assurer la disponibilité permanente des équipements de défense et à diversifier les risques géopolitiques.
L’industrie européenne de défense, représentée par des groupes comme MBDA ou Thales, propose plusieurs alternatives crédibles aux systèmes américains.
Un projet concret devrait être présenté à l’été 2027 avec les crédits budgétaires nécessaires pour cette acquisition complémentaire.
Des négociations contractuelles encore incertaines
Le nombre exact d’avions finalement livrés ne pourra être définitivement déterminé qu’après l’achèvement des négociations contractuelles complexes.
Ces discussions tripartites impliquent le gouvernement américain, le constructeur Lockheed Martin et les autorités suisses.
« La question du F-35 est terminée aujourd’hui au niveau politique », a assuré Martin Pfister, tout en promettant de continuer activement les discussions sur l’amélioration globale de la défense aérienne suisse.
Les livraisons effectives ne devraient pas commencer avant 2027-2028, selon les estimations actuelles.
Un dossier politiquement explosif à Berne
Le programme F-35 est devenu un véritable dossier politiquement brûlant depuis le fameux « malentendu » avec les États-Unis sur la fixation des prix définitifs.
L’opposition parlementaire, notamment socialiste et écologiste, n’a pas manqué de critiquer vivement la gestion chaotique du dossier par le gouvernement.
Cette nouvelle réduction de commande risque de relancer les débats houleux sur les choix stratégiques fondamentaux de la Suisse en matière de défense et de neutralité.
Certains députés réclament déjà une commission d’enquête parlementaire sur la gestion de ce dossier à plusieurs milliards.
Impact sur l’industrie aéronautique et les emplois
Cette réduction de commande aura également des répercussions sur l’industrie aéronautique suisse et les retombées économiques attendues.
Le programme F-35 prévoyait d’importants accords de compensation industrielle (offset) pour l’économie helvétique.
Avec six avions de moins, ces retombées économiques seront proportionnellement réduites, affectant potentiellement les sous-traitants suisses du programme.
L’industrie de défense nationale devra se tourner vers d’autres opportunités pour maintenir son niveau d’activité et ses compétences techniques.
Perspectives d’avenir pour la défense aérienne helvétique
Malgré cette réduction contrainte, la Suisse maintient fermement sa volonté de moderniser sa défense aérienne nationale.
L’acquisition des 30 F-35 restants permettra de remplacer une partie significative de la flotte vieillissante des F/A-18 Legacy.
Mais cette flotte réduite nécessitera une optimisation drastique des missions opérationnelles et une révision complète des doctrines d’emploi tactique.
L’armée suisse devra composer avec des moyens plus limités dans un environnement géopolitique européen de plus en plus incertain et menaçant.
L’enjeu sera de maintenir une capacité de dissuasion crédible malgré ces contraintes budgétaires et opérationnelles.




